« Maman, c’est quoi l’amour ? » Mon fils m’a posé cette question il y a quelques années. Il faut dire que les représentations de l’amour dans sa vie, à cette époque-là, c’était vraiment le bordel. La réponse que je lui ai donnée, elle reste entre lui et moi. Ce que j’aimerais aborder aujourd’hui, c’est ce que l’Amour n’est pas.
L’Amour n’est pas un titre de propriété. Ceux qui aiment en possédant n’aiment pas. C’est une déviance. Le Monde a publié en juin dernier un dossier sur les féminicides, qu’ils ont sous-titré « mécanique d’un crime annoncé ». Dans ce dossier, ils relatent les points communs de 120 meurtres de femmes par leurs conjoints ou ex-conjoints. Et la mécanique est toujours la même : un homme veut posséder « sa » femme, elle tente de lui échapper, il la tue.
C’est le cas extrême. Revenons à ce sentiment de possession. Avoir, retenir, garder pour toujours… Il n’y a pas que les femmes. Les hommes et aussi les enfants peuvent avoir à le subir bien sûr.
Ce besoin d’être rassuré par la possession n’est pas de l’amour vrai car l’amour est désintéressé, il ne prend rien, il se donne. Quand dans une relation, l’implicite dans le quotidien est « Mon amour, je t’aime et tu m’appartiens », il y a des questions à se poser. Ces relations imposent fréquemment d’être vigilants à ce que l’on dit, à la façon dont on s’habille, avec qui l’on rie, à qui on envoie des textos… pour ne pas déclencher de reproches ou de colères. Elles obligent à rendre compte de nos faits et gestes, à rompre les relations d’amitié qui ne conviennent pas, voire à couper tout contact avec ses parents. Or l’Amour n’est pas une soustraction.
Et il ne tire pas non plus les cordes de la culpabilisation, ce truc grossier du « c’est à cause de toi si… ». Vaste sujet là aussi. J’y reviendrai.
Et si nous testions l’amour que nous recevons. Pour s’assurer que la phrase se termine plutôt ainsi : « Mon amour, je t’aime et tu es libre ». Libre de voir tes amis, libre de partir, libre de ne pas m’aimer en retour ou de ne plus m’aimer, libre de me contredire si tu n’es pas d’accord avec moi, libre de passer du temps loin de moi, libre de choisir les études de ton choix, libre de te sentir fragile ou vulnérable avec moi, libre de vivre tes passions, libre d’aimer qui tu as envie d’aimer, libre de ne pas me répondre quand je t’écris constamment pour vérifier si tu penses à moi. Si vous ne pouvez pas cocher une seule de ces cases, alors celui ou celle qui dit vous aimer veut en fait vous posséder.
Je souhaite à chacun d’aimer et d’être aimé, tout en restant libre. C’est le sublime de l’Amour inconditionnel. Cet amour qui n’asservit pas. Celui qui n’utilise pas la peur pour vous empêcher de voler. Les basques le chantent avec Hegoak. Ils disent que l’oiseau ne peut plus être oiseau si on l’empêche de voler.
La chanson Hegoak (« les ailes » en basque) et sa traduction ici. Et le dossier du Monde.
Et surtout n’oubliez pas. Votre liberté est non négociable.


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